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Bilinguisme: Il n’est jamais trop tard pour apprendre une langue.

Contrairement à une idée reçue, les enfants n’ont pas toujours l’avantage sur les adultes quand il s’agit d’acquérir et de pratiquer une seconde langue. Bilinguisme: il n’est jamais trop tard pour apprendre une langue.

Débuter l’apprentissage d’une langue étrangère à l’âge adulte peut présenter certains avantages, relève Sophie Hardach sur BBC News en se basant sur plusieurs études récentes.

Les premières années cruciales

Selon Antonella Sorace, linguiste au Bilingualism Matters Centre de l’université d’Edimbourg, les premières années sont cruciales pour l’acquisition de notre langue maternelle, mais il n’en va pas de même pour l’acquisition d’une seconde langue :

Les bébés ont une oreille particulièrement apte à distinguer les sons et les jeunes enfants sont capables d’adopter les accents locaux avec une étonnante rapidité. Les adultes, eux, ont une capacité d’attention supérieure. Ils savent aussi lire et écrire, des compétences qui permettent d’accroître en permanence son vocabulaire – y compris dans sa langue maternelle.”

 

Les spécialistes distinguent entre situations d’apprentissage implicite (on se contente d’écouter des locuteurs natifs et de les imiter) et situations d’apprentissage explicite (cours de langue, plus ou moins intensifs). Or c’est seulement dans le premier cas que les plus jeunes excellent.

 

L’expérience est un atout

En laboratoire de langue, par exemple, les adultes se montrent nettement plus performants que des enfants de 8 et 12 ans, comme l’ont démontré des chercheurs israéliens à partir d’une enquête qui a porté sur 2 000 locuteurs hispanophones qui suivaient des cours d’anglais.

 

Les participants adultes ont pu tirer parti de compétences acquises avec l’âge – telles que des stratégies plus subtiles de résolution de problèmes – et une plus grande expérience linguistique. Ils en savent beaucoup plus sur eux-mêmes et sur le monde et sont en mesure d’utiliser ces connaissances pour traiter des informations nouvelles.”

 

En fait, “l’âge interagit avec beaucoup d’autres choses”, explique Danijela Trenkic, psycholinguiste à l’université de York. La vie des enfants est complètement différente de celle des adultes et lorsque nous comparons les compétences linguistiques d’enfants et d’adultes “nous comparons ce qui n’est pas comparable”.

 

Dans le cas d’une famille expatriée, les enfants apprennent généralement la langue du pays d’accueil beaucoup plus rapidement que leurs parents. Mais ils l’entendent constamment à l’école alors que leurs parents travaillent parfois seuls. Le sentiment d’urgence peut également être plus fort chez les enfants parce la maîtrise de la langue est essentielle à leur survie sociale : se faire des amis, être accepté, s’intégrer. Alors que leurs parents ont plus de chances d’établir des relations avec d’autres immigrants qui parlent leur langue.

 

Créer des liens affectifs permet d’être plus performant dans l’apprentissage d’une langue étrangère. Si vous rencontrez des personnes qui vous ressemblent, vous avez plus de chances de persévérer dans l’acquisition d’une nouvelle langue. Une forte motivation sociale : voilà la clé ! On demande parfois quel est le principal avantage des langues étrangères : gagner plus d’argent ? Devenir plus intelligent ? Rester en meilleure santé ? En réalité, c’est tout simplement de pouvoir communiquer avec plus de gens.”

 

L’apprentissage continue toute la vie

Une enquête en ligne du MIT basée sur un quiz soumis à près de 670 000 personnes a montré que, pour maîtriser la grammaire anglaise aussi bien que des locuteurs natifs, il est préférable de commencer l’apprentissage de l’anglais vers 10 ans. Passé cet âge, les capacités en la matière ont tendance à diminuer.

 

Mais cette étude a également montré que nous continuons au fil du temps à perfectionner la connaissance des langues que nous parlons. C’est vrai pour la grammaire de notre langue maternelle – que nous ne maîtrisons parfaitement qu’à l’âge de 30 ans en moyenne – comme pour son lexique : les locuteurs natifs apprennent presque un nouveau mot par jour dans leur langue au moins jusqu’à 40 ans.

Bilinguisme: il n’est jamais trop tard pour apprendre une langue.

Née en Serbie, Danijela Trenkic n’a elle-même maîtrisé l’anglais qu’après avoir déménagé au Royaume-Uni alors qu’elle avait déjà plus de 20 ans. Elle reconnaît qu’il lui arrive encore de faire des fautes de grammaire quand elle est fatiguée ou stressée. “Mais je peux faire des choses étonnantes en anglais. Lire avec plaisir les plus grandes œuvres littéraires ou écrire des textes très pointus, publiables (dans les revues spécialisées).”

 

Et l’enquête du MIT vient de la classer parmi les locuteurs natifs. Encourageant, non ?

Bilinguisme: il n’est jamais trop tard pour apprendre une langue.

BBC NEWS ONLINE – LONDRES

Publié le 18/12/2018 – 07:11

Article extrait du matin  – Novembre 2018 –