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Rentrée scolaire : qu’est-ce qui fait un bon prof de nos jours ?

 

Qu’est ce qui fait un bon prof de nos jours ? La pédagogie participative est la clé de voûte de l’enseignement moderne.

Et si un enseignant de qualité devait avant tout aimer apprendre ? Méthodes inspirées des neurosciences pour faciliter l’apprentissage, techniques innovantes pour captiver les élèves, les bons profs restent à l’écoute de leur époque. Et les meilleurs pratiquent tout bonnement leur métier de manière inoubliable.

 

Qu’est-ce qui fait un bon prof de nos jours ? Le stress de la rentrée ne touche pas que les élèves.

 

Qu’est-ce qui fait un bon prof de nos jours ?

Le bon prof… est bienveillant avec sa classe

Depuis une dizaine d’années, une piste de réflexion est menée par le ministre de l’Education pour les établissements les plus difficiles, ceux classés en réseaux d’éducation prioritaire renforcée (REP+) : conditionner une partie de la rémunération des enseignants aux progrès de leurs élèves.

 

« La transmission par le prof du plaisir d’étudier est à mon sens plus importante que toutes les notes chiffrées, tempère Philippe Meirieu, spécialiste des sciences de l’éducation et auteur d’un manifeste intitulé Le Plaisir d’apprendre (Autrement). Un petit point en plus pour l’élève marquera son trimestre, alors que le déblocage de ses réticences vis-à-vis de l’école peut lui changer la vie. Toutes les compétences listées par le ministère sont nécessaires, mais pas suffisantes pour devenir un bon enseignant. Ce qui fait la qualité d’un prof, c’est son rapport à ce qu’il enseigne à ses élèves. Il doit donner envie d’apprendre grâce à sa passion, sa curiosité et son engagement. »

 

« Il faut réveiller l’empathie des enseignants ! » estime la pédiatre Catherine Gueguen, dont le dernier ouvrage s’intitule Heureux d’apprendre à l’école (Les Arènes). Pour elle, l’une des clés de l’apprentissage est la relation empathique que le prof doit nouer avec sa classe.

 

« Des études sur les mécanismes cérébraux ont démontré que les enfants et les adolescents progressent davantage quand ils ont en face d’eux un adulte bienveillant qui va chercher à comprendre leurs émotions », explique cette spécialiste des neurosciences sociales et affectives.

 

Les neurosciences, les sciences du fonctionnement du cerveau, sont d’ailleurs au cœur du nouveau Conseil scientifique de l’Education nationale, créé en janvier dernier et présidé par Stanislas Dehaene, chercheur en sciences cognitives à l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm).

 

Professeur de mathématiques, Eric Gaspar a créé en 2009 le programme Neurosup pour sensibiliser les enseignants à la neuro-éducation.

 

« Il serait inimaginable qu’un coureur cycliste professionnel ne connaisse rien au mode de fonctionnement de son vélo, argumente-t-il. Alors comment peut-on laisser les enseignants et les élèves sans connaissance sur le mode de fonctionnement du cerveau alors qu’ils s’en servent en permanence ? »

 

Appliquées aux relations sociales, les neurosciences décrédibiliseraient, par exemple, scientifiquement les stratégies de dévalorisation, selon Catherine Gueguen. Pour elle, « la maltraitance émotionnelle ne fera pas travailler davantage les élèves car il est prouvé qu’elle inhibe le développement d’une partie du cerveau ».

 

Tout le monde a connu dans sa scolarité des profs qui avaient la critique facile et définitive. Dans son pamphlet Pires que les élèves ! (Pôle Nord éditions), Stéphane Furina, professeur d’anglais, avait dénoncé la violence verbale et physique de certains collègues.

 

« Je ne dis jamais à mes élèves qu’ils sont nuls, raconte-t-il. Au contraire je dédramatise, et leur explique qu’ils ont le droit de ne pas aimer ma matière et ne rateront pas leur vie à cause de ça. » Au-delà des mécanismes du cerveau, c’est l’écoute de l’élève que Philippe Meirieu met au centre d’un cours réussi.

 

« Les neurosciences, c’est un outil pour aider les profs, mais l’essentiel pour eux est de se mettre à la place de l’élève, pour comprendre ce qu’il ne comprend pas, et reformuler les choses autrement », résume-t-il.

 

Qu’est-ce qui fait un bon prof de nos jours ?

Le bon prof… sait capter l’attention de ses élèves

Dans la nouvelle grille de compétences instituée en 2017 par l’Education nationale, les enseignants sont notamment évalués sur leur capacité à « installer et maintenir un climat propice aux apprentissages ».

 

Un objectif qui ne passe pas forcément par « la dictature du silence », selon Vincent Faillet, professeur de sciences de la vie et de la Terre (SVT) à Paris, qui prépare un doctorat en sciences de l’éducation.

 

« Dire que l’autorité du maître se mesure au silence de sa classe est une bêtise, tonne-t-il. Les élèves ont surtout besoin d’autorégulation. C’est une erreur de croire qu’ils cherchent le bazar. Ils cherchent un cadre. L’école infantilise beaucoup, mais les élèves sont plus lucides qu’on ne le croit. »

 

A chaque cours, Vincent Faillet prévoit une phase durant laquelle ses élèves travaillent en groupe et sont libres de se déplacer dans la classe. « Il faut alors savoir s’effacer, complète-t-il. Même si c’est à regret car j’adore entrer en classe comme on entre en scène. »

 

Pour capter l’attention de la classe, les bons profs sont comme des acteurs sur leur estrade. « Il y a une dimension très théâtrale dans le métier d’enseignant, confirme Philippe Meirieu. Il faut savoir se faire entendre sans crier, et conquérir son public. C’est de plus en plus difficile carla capacité d’attention des élèves a tendance à baisser d’année en année. On a de plus en plus affaire à des générations qui ont une télécommande greffée au cerveau dans un monde où l’information circule à toute vitesse. Dès qu’ils s’ennuient, ils zappent. »

 

Aux profs alors de faire preuve d’imagination pour récupérer les moins assidus. Stéphane Furina n’hésite pas à utiliser l’humour à des fins pédagogiques.

 

« Il ne s’agit pas de faire des blagues au détriment des élèves, mais de manier l’humour pour davantage les impliquer, assure-t-il. Dans mes classes de 6e et de 5e, je mets par exemple une perruque sur la tête d’un élève et je demande aux autres de le décrire en anglais. Ça fonctionne très bien ! »

 

Qu’est-ce qui fait un bon prof de nos jours ?

Le bon prof… utilise des méthodes innovantes

Le métier d’enseignant est en perpétuelle évolution, comme la société. « Le bon prof ne doit pas avoir un rapport fossilisé avec sa matière, il doit se renouveler en permanence », estime Philippe Meirieu. Depuis 2015, la Fondation Varkey décerne le Global Teacher Prize, qui met chaque année à l’honneur des pratiques pédagogiques innovantes et efficaces susceptibles « d’influencer la qualité de l’éducation à l’échelle mondiale ».

 

Marie-Hélène Fasquel, professeure de littérature américaine à Nantes, a été finaliste en 2017. Une reconnaissance internationale pour celle qui ne jure que par la pédagogie dite active.

 

« Lors de mon année de stage, en 1999, je suis restée dans un cadre classique et je me suis ennuyée autant que mes élèves, relate-t-elle. L’année d’après, j’ai tout changé en les plaçant au centre d’un projet pédagogique. L’idée était de leur faire écrire une pièce de théâtre en anglais, qu’ils joueraient à la fin de l’année. Cela les a motivés pour toute l’année en mettant en valeur leurs talents. J’ai eu la classe que j’avais toujours rêvé d’avoir. »

 

Plutôt rare au début des années 2000, le « projet de classe » est aujourd’hui une méthode très répandue pour impliquer les élèves, de l’école primaire au lycée. De son côté, Vincent Faillet a fondé en 2015 le concept de « classe mutuelle ». Après avoir présenté au tableau la leçon du jour, l’enseignant de SVT laisse ses élèves évoluer en autonomie.

 

Quatre groupes travaillent sur des exercices ou des approfondissements. « L’objectif est qu’ils redeviennent actifs et qu’ils prennent possession de la classe, explique-t-il. Ils vont s’épauler les uns les autres. J’ai remarqué qu’ils comprenaient mieux quand c’était un ou une de leurs camarades qui leur expliquait. C’est aussi une bonne préparation au coworking en entreprise. » Son modèle d’organisation a été repris par les collègues de son lycée et par d’autres, ailleurs en France.

 

Mais, de plus en plus, c’est avant tout dans les nouvelles technologies de l’information que les profs viennent puiser pour renouveler leurs pratiques en classe. Tableaux et manuels numériques, cours en ligne, partage des travaux des élèves… Les outils sont nombreux et propices aux expérimentations.

 

Marie-Hélène Fasquel utilise Internet pour mettre en œuvre la méthode de « la classe inversée ». « Je mets en ligne mes cours et des documents plusieurs jours avant, pour qu’ils puissent les étudier à la maison et, en classe, je les fais travailler sur des exercices, développe-t-elle. Grâce à cette organisation, ceux qui n’ont pas fait leurs devoirs ne sont plus coincés, car il n’y en a pas. Chez eux, ils peuvent aussi mettre le cours sur pause, alors que c’est plus compliqué à 25 dans une salle ! »

 

Sources : Accueil > Le Parisien > Week-End   30 août 2018,